Extrait 1
…La Louve se fige brusquement quand elle aperçoit le minuscule carré blanc coincé dans la porte de la chaumière. Le faisceau de sa torche a accroché une petite feuille de papier, arrachée à un carnet. Malgré la pluie qui ruisselle sur son visage et brouille sa vue, elle arrive à déchiffrer le mot qui est écrit et qui se délave rapidement : « Zoya, je suis un ami, seul, sans arme. Je vous attends à l’intérieur. Boris ».
Boris ! Elle ne connait pas de Boris. Qui est-ce ? Un ami, prétend-il ? Sans arme. Elle a laissé les siennes dans le 4X4. Elle hésite, mais elle est trop fatiguée pour réfléchir. Elle pousse la porte et entre. Faiblement éclairé par la lampe tempête posée sur la table de la cuisine, elle distingue difficilement l’homme assis.
— Bonjour Zoya.
— Qui êtes-vous ?
— Un ami qui a beaucoup de choses à partager avec vous.
— Pourquoi vous ferais-je confiance ?
— Parce que si j’avais voulu vous piéger, La Vovk, je m’y serais pris autrement.
— La Vovk ! Comment savez-vous ?
— Je sais beaucoup de choses sur vous. Allez donc vous sécher et vous changer pendant que je nous prépare un café.
Les cheveux à moitié secs, emmitouflée dans un gros pull, Zoya reste interloquée quand Boris lui annonce être colonel du FSB. Elle a du mal à accepter que sa présence ne représente aucun piège. Avec suspicion, elle consent à l’écouter…
Extrait 2
…Dans le lointain, l’éclair d’un phare à travers la futaie la fait réagir. Elle se précipite vers le command-car et démarre en trombe sans même allumer les feux de position. Elle se laisse guider par la relative pâleur de la piste, ruban blanchâtre qui coupe la noirceur de la forêt. Elle roule au hasard. Aux carrefours, elle choisit à l’instinct de s’engager à droite ou à gauche. Elle quitte un chemin de terre pour une route goudronnée avant de se retrouver sur un nouveau chemin de terre. Elle s’engouffre dans la cour d’une ferme, effraye le coq qui s’apprêtait à saluer le jour, dérape sur des graviers qui s’éparpillent en claquant contre les murs d’une bergerie. Elle va trop vite ! Évite de justesse de glisser dans un fossé. Elle va trop lentement ! Et c’est la peur qui l’envahit.
Elle fuit !
Les premières lueurs de l’aurore la surprennent et la magnificence du soleil naissant la calme. Elle s’arrête sur le bas-côté d’une nationale…